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Une toiture végétalisée n'est pas seulement une couverture qui verdit : c'est un ouvrage vivant, dont les bénéfices et les contraintes se mesurent sur la durée. Cette page traite de ce qu'elle apporte et de ce qu'elle demande.
C'est le bénéfice le mieux établi et le plus quantifiable. Le substrat et la couche drainante retiennent une partie de la pluie, puis la restituent lentement par évaporation et par transpiration des plantes.
Une toiture extensive retient couramment la moitié des précipitations annuelles, et écrête fortement les pointes lors des orages : le débit de fuite est ralenti de plusieurs dizaines de minutes, ce qui soulage les réseaux au moment où ils saturent.
C'est la raison pour laquelle de nombreuses collectivités subventionnent ces toitures : le bénéfice est collectif autant qu'individuel.
L'apport est asymétrique, et il faut le dire clairement.
En été, l'effet est très net : l'évapotranspiration et l'ombrage abaissent fortement la température de surface de la toiture, ce qui réduit les apports de chaleur dans les locaux sous-jacents et limite l'effet d'îlot de chaleur urbain. Des écarts de plusieurs dizaines de degrés sont mesurés en surface entre une toiture noire et une toiture végétalisée.
En hiver, l'apport est modeste : le substrat mouillé conduit la chaleur. La végétalisation ne remplace donc pas l'isolation thermique, elle s'ajoute à elle.
La masse du complexe améliore l'affaiblissement des bruits aériens, ce qui est appréciable sous une trajectoire aérienne ou en bord d'axe routier, et supprime le bruit de pluie sur les toitures légères en acier.
La végétalisation protège surtout l'étanchéité des ultraviolets et des chocs thermiques, qui sont ses deux principaux facteurs de vieillissement. La durée de vie du complexe d'étanchéité s'en trouve sensiblement allongée, c'est un argument économique souvent oublié dans les comparaisons de coût.
Une toiture végétalisée offre un habitat en milieu urbain : insectes pollinisateurs, araignées, oiseaux. L'effet dépend beaucoup de la conception.
Une toiture de sédums en tapis précultivé uniforme apporte peu. Une toiture à substrat d'épaisseurs variables, avec zones minérales, tas de bois, plantes mellifères et espèces locales, apporte beaucoup, pour un surcoût faible. C'est le principe des toitures dites biosolaires, qui associent panneaux photovoltaïques et végétalisation, chacun bénéficiant de l'autre : les plantes rafraîchissent les modules, qui produisent mieux, et les modules créent des zones d'ombre favorables à la diversité végétale.
En extensif, les sédums dominent parce qu'ils survivent à tout : sécheresse, gel, vent, substrat pauvre. Leur métabolisme particulier leur permet de fermer leurs stomates le jour et de fixer le carbone la nuit, ce qui limite les pertes en eau.
On les associe utilement à des joubarbes, des orpins, des graminées basses, des thyms, des ciboulettes sauvages et des plantes mellifères locales. Un mélange d'espèces résiste bien mieux qu'une monoculture aux épisodes extrêmes.
La mise en œuvre se fait par tapis précultivés, résultat immédiat, coût supérieur, , par godets, par fragments de sédums semés, ou par semis. Les fragments et les semis coûtent moins cher et demandent une à deux saisons pour couvrir.
Une toiture extensive demande peu, mais pas rien : c'est le malentendu le plus fréquent, et la cause de la plupart des échecs.
Deux visites annuelles suffisent généralement : désherbage des ligneux, bouleaux, buddleias et érables s'implantent seuls et leurs racines menacent l'étanchéité, , nettoyage des évacuations et des zones stériles, contrôle des relevés d'étanchéité, et fertilisation légère si la couverture végétale régresse.
Un arrosage est nécessaire les deux premières années, le temps de l'enracinement, puis lors des sécheresses exceptionnelles. Une toiture végétalisée jeune abandonnée à elle-même lors d'un été caniculaire ne survit pas.
L'accès sécurisé (garde-corps ou ligne de vie, point d'ancrage) doit être prévu dès la conception, faute de quoi l'entretien ne se fait pas.
Plusieurs textes imposent désormais la végétalisation ou l'installation de dispositifs de production d'énergie sur une part de la toiture des constructions nouvelles à usage commercial, industriel, artisanal, d'entrepôt ou de bureau au-delà de certaines surfaces, ainsi que sur les nouveaux parcs de stationnement.
Les plans locaux d'urbanisme, de leur côté, imposent de plus en plus des coefficients de biotope ou de pleine terre, que la végétalisation de toiture permet en partie d'atteindre.
Enfin, en copropriété comme en secteur protégé, l'aspect extérieur reste soumis à autorisation : une déclaration préalable est nécessaire, et un avis de l'architecte des Bâtiments de France peut s'imposer aux abords d'un monument historique.